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Né à Brooklyn de parents Guyanais, Saint Jhn est entré dans le monde de la musique par la petite porte, en tant qu’auteur pour des noms aussi prestigieux qu’Usher et Rihanna. En 2016, il sort un morceau intitulé 1999 en hommage à l’année durant laquelle il s’est lancé pour de bon dans la musique. Encensé par des médias comme The FaderComplexBillboard ou encore Pigeons and Plane, le rappeur se distingue par un univers musical décalé, parfois à la limite de l’onirique, et une voix perchée très reconnaissable. A la fois instinctive et réfléchie, la musique de Saint Jhn a fini par trouver un réceptacle le 30 mars dernier, date de la sortie de son premier album Collection One. Depuis, l’artiste enchaine les dates d’une tournée internationale, de New-York à Amsterdam en passant par Toronto et Moscou. C’est à l’occasion de son passage à Paris pour les Rendez-Vous Hip-Hop que nous avons eu l’occasion d’échanger quelques mots avec lui…

HHR : Juste avant Paris ce soir, t’as fait des scènes en Russie, en Allemagne, au Danemark, en Suède… Et t’as encore des dates à venir en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. T’as écouté de la musique de ces pays ?

Saint Jhn : Oui, j’essaye… Parce que pour moi, la musique est son propre langage.

HHR : Est-ce que t’as remarqué des façons différentes de vivre la musique dans ces pays ?

Saint Jhn : Quand j’aurai terminé ma tournée, je pourrai mieux répondre à cette question. Pour le moment, j’ai surtout vu New-York, LA, Toronto et Chicago perdre leurs putains de têtes. Et puis je suis arrivé à Moscou pour la première fois : 15.000 personnes ! J’ai reçu un bouquet de 100 roses à la fin du concert !

HHR : Ca t’intéresserait des collaborations internationales ?

Saint Jhn : Si ce que fait un artiste est lourd, ça m’est égal d’où il vient. Moi-même, je viens d’un endroit dont personne d’a rien à faire, Georgetown au Guyana. Pourquoi ça m’importerait ?

HHR : Justement, dans tes anciennes interviews, on t’a souvent demandé si tes racines guyaniennes avaient influencé ta musique… J’aimerai que tu m’expliques de quelle manière ces influences s’expriment durant le processus créatif.

Saint Jhn : Quand je réalisais Collection One, j’écoutais à peu près tout ce qui sortait durant cette période, mais aussi la musique que j’aime. Je suis de Guyana, c’est un endroit important qui a donné naissance à quelqu’un qui devrait être important. C’est un petit pays, culturellement caribéen mais géographiquement Sud-Américain. C’est à côté du Venezuela, du Brésil, mais nous sommes des caribéens. Nous sommes des cousins de la Jamaïque et de Trinidad, donc j’ai grandi en écoutant du dancehall. J’y peux rien, j’aime trop ça… Tu peux l’entendre dans les mélodies, l’influence est en moi, c’est inscrit dans mon ADN.

HHR : Tu ne ressens pas ça comme un cliché d’essayer de rattacher ta musicalité à tes origines et donc au fait que t’es noir ?

Saint Jhn : Tu sais, des fois les blancs disent que les noirs sont plus « enclins » à faire de la musique. Je ne m’exprimerai pas sur cette question parce qu’elle est biaisée, mais voilà ce que je pense : nous, les noirs, avons une histoire liée à la douleur et aux maltraitances. Ce sont des situations complexes qui sont transmises d’une génération à l’autre. Quand t’as beaucoup de défis, t’as plus à raconter, t’as une perpective plus large. Quand t’entends Sam Cooke, Bob Marley ou Marvin Gaye, tu peux sentir la musique. Tu peux entendre la douleur.

HHR : J’ai remarqué que t’avais un statut un peu particulier dans le rap, t’es pas encore connu à tous les niveaux mais t’as une image de marque très forte. Est-ce qu’on peut parler de branding ?

Saint Jhn : Je fais de la musique et j’aime les trucs frais. Si les gens font le lien avec ce que j’aime, ça les regarde. Les gens décident seuls de ce qu’ils aiment, donc je sais pas si on peut parler de branding. Quand t’es arrivé ici, tu portais cette chemise en lin bleu et ce pantalon bleu, mais ce que j’ai remarqué c’est ta casquette. Est-ce que c’est du branding ? (rires)

HHR : Justement, le nom de ton album Collection One rappelle le monde de la mode auquel t’es lié puisque notamment participé à une campagne de Gucci… Est-ce que la mode fait partie de ton univers artistique ?

Saint Jhn : Je fais ce que j’aime, et il se trouve les choses que j’aime se rejoignent parce que je suis une personne. J’aime les habits, la nourriture, les « bad bitches », les tatouages…

HHR : Tu fais partie du collectif new-yorkais GØDD COMPLEXx qui n’a réalisé qu’un unique morceau, Dope Dealer, in 2016… Est-ce qu’on pourra en entendre plus un jour ?

Saint Jhn : Est-ce que tu veux en entendre plus ? Moi aussi j’aimerai en entendre plus… (rires) Donc je pense qu’il y aura plus.

Pourquoi est-ce que t’as écrit le titre du morceau GOD BLESS THE RATCHETS en majuscules ? Tu penses que c’est le plus important de l’album ?

Saint Jhn : C’est une question de perception, qu’est ce que tu ressens en voyant ça ? Je l’ai mis en majuscules parce que je voulais que tu remarques qu’il est important pour moi.

HHR : Ca fait plusieurs années que tu travails avent le producteur F a l l e n, tu penses pas que ça crée une zone de comfort de travailler avec les mêmes personnes tout le temps ?

Saint Jhn : Quand tu travailles avec quelqu’un pendant une longue période, ça devient forcément plus simple de travailler avec lui. Je préfère travailler avec F a l l e n, pas parce que je suis dans ma zone de confort mais parce que j’ai trouvé un mariage qui me permet de m’améliorer. Tu trouves ton gars, et vous devenez les Bulls de 1996 quand vous réalisez que t’es Jordan et que lui c’est Pippen.

HHR : Est-ce que ça serait pas en partie la raison pour laquelle t’as décidé de faire appel à SAK PASE sur GOD BLESS THE RATCHETS ?

Saint Jhn : SAK PASE aussi c’est mon gars, donc c’est arrivé naturellement. Tout l’album a été produit par F a l l e n, et je suis allé en studio avec SAK pour travailler sur quelque chose d’autre, je voulais écrire un son sur l’album de quelqu’un d’autre… Et là, il a commencé à faire des compositions incroyables, je lui ai dit « je veux enregistrer quelque chose »

HHR : Est-ce que t’as déjà prévu ce qui venait après ?

Je suis dans le moment, j’ai attendu pour ce moment toute ma vie ! Collection One vient juste de sortir, j’écoute encore Roses, Reflex, Surf Club, Nigga Shit, Lit Last Night, Selfish… Je veux rien entendre après ça. Quand j’en aurai terminé, quand je voudrai plus rien entendre, c’est à ce moment que je parlerai de la suite. J’espère que je vivrai une vie longue et prospère. Collection One, écoutez-le, vous le méritez.

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