PARTAGER

Cette année, la catégorie « album de musiques urbaines » des Victoires de la musique aura beaucoup fait parler d’elle alors que Lomepal, l’un des trois artistes nommés aux côtés d’Orelsan et Bigflo & Oli, avait confié sur France Inter sa surprise de ne pas y retrouver Damso. En 2007, l’association en charge de l’évènement a fixé pour de bon la dénomination de cette Victoire créée en 1999 pour prendre en compte l’émergence de nouveaux genres musicaux importés des Etats-Unis, après une ribambelle de tentatives infructueuses : « album rap ou groove de l’année » en 1999, « album rap, reggae ou groove de l’année » de 2000 à 2001, « album rap, hip-hop de l’année » entre 2002 et 2004 (doublé d’une nouvelle catégorie pour l’« album reggae, ragga de l’année » en 2002 uniquement), « album rap, hip-hop, R’n’B de l’année » en 2005 et « album rap, ragga, hip-hop, R’n’B de l’année » en 2006. Cette énumération traduit la longue hésitation dans la désignation d’une famille de genres musicaux plus ou moins intrinsèquement liés par leurs racines afro-descendantes et notamment afro-américaines. Cet été déjà, plusieurs membres de l’industrie musicale américaine avaient dénoncé l’usage de l’étiquette de musiques « urbaines » qui leur avait été collée. Sam Taylor, cadre dirigeant de la société d’édition Kobalt connu pour avoir par le passé travaillé avec de nombreuses têtes d’affiches des scènes rap et R’n’B américaines, avait notamment mis en avant dans un billet publié sur Medium l’aspect dégradant de cette terminologie. Il avait été rejoint en cela par DJ Semtex, présentateur sur la radio britannique BBC 1xtra, qui qualifiait dans une interview pour Music Business UK cette appellation de « généralisation paresseuse et fausse de plusieurs formes d’art culturellement très riches », mais aussi par le manager principal d’EMI Rob Pascoe et l’avocate de droit de la musique Sonia Diwan. Dénomination d’un format radio initié dans la deuxième moitié des années 1970 par l’animateur new-yorkais DJ Frankie Crocker pour désigner un ensemble de genres qui n’avaient souvent en commun que la nouveauté de leur succès commercial, le terme « urban » n’a pas tardé, par confort d’utilisation, à être adopté par l’ensemble de l’industrie musicale. Des Etats-Unis, cette utilisation erronée du terme « musiques urbaines » s’est généralisée dans l’hexagone ; pour les ethnologues en revanche elle se voit gratifiée d’une conception élargie englobant les musiques électroniques. C’est peut-être cette deuxième définition du terme, celle qui, élargie à l’ensemble des cultures nées dans le creuset de l’urbanisation au XXe siècle, apparait aujourd’hui comme la plus adéquate en langue française. Une définition plus valorisante, qui permettrait également de mettre en évidence les nombreux liens tissés au fil des années entre les musiques afro-descendantes et les musiques électroniques.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.