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Avec Obligé de charbonner et Bienvenue dans le XVII, le duo PSO Thug formé par Leto et Aero s’était frayé un chemin sur la scène rap de la capitale, chemin concrétisé par la mise en ligne de la mixtape En attendent Demoniak en février 2015. Avec leurs homologues du groupe XVBARBAR, les deux rappeurs mettent des visages sur le 17ème arrondissement de Paris et plus particulièrement sur le quartier du Triangle d’Or formé par La Fourche, la Jonquière et la Porte de Saint-Ouen (qui donnera à Aero et Leto le préfixe PSO) d’après lequel sera nommé le premier label d’Hayce Lemsi. Le 20 mai 2016, le très attendu album de PSO Thug Demoniak voit le jour et rencontre un certain succès d’estime. Les deux rappeurs décident alors de se lancer en solo, et Leto signé sur le label Rec. 118 de Warner Music annonce un mois avant sa sortie la mixtape Trap$tar.

Hip-Hop Reverse : T’as 21 ans, t’es exposé depuis 4 ans, si tu devais effectuer le bilan de ce laps de temps, à quoi ressemblerait-il ?

Leto : De ces quatre années, que du bien sérieusement. Après, on le sait tous, dans des aventures de ce genre, il y a toujours des hauts et des bas, mais je retiens le positif surtout.

HHR : Quand tu parles de hauts et de bas, c’est surtout par rapport au PSO Thug ?

Leto : Ouais, du début à la fin, il y en a eu, comme dans la vie de tous les jours mais comme je te dis je retiens vraiment que le positif.

HHR : D’ailleurs, de cette expérience, t’as ressenti l’avant et l’après Demoniak, mais également l’avant/après Plein les Poches ?

Leto : Ouais, mais j’ai pas été le seul, tout le monde l’a ressenti dès qu’ils sont sortis. Surtout pour Plein les Poches, il a fait des millions de vues, il a tourné partout. Ca veut dire qu’on savait qu’il se passait quelque chose autour à ce moment.

HHR : Tu penses que cela a également pu t’aider dans ton développement ?

Leto : Ouais, ça m’a aidé sur l’exposition, ça m’a ouvert plus de portes.

HHR : Justement, après le PSO Thug, c’était pas trop compliqué de passer de rappeur de groupe à rappeur solo ?

Leto : C’était compliqué mais j’avais des personnes derrière moi pour garder la tête sur les épaules, c’est important l’entourage. Après, sur le travail, c’était un peu plus compliqué. Quand on faisait les morceaux avec Aero, on était dans des hôtels ou des appartements, on écrivait à deux, on écoutait des prods, maintenant je suis tout seul, c’est un travail différent. Maintenant, au studio, je suis obligé de compter que sur moi. Avant, je posais le refrain, je faisais un couplet, et je me disais il y a Aero. En solo, je dois finir le boulot, je dois tout faire.

HHR : Après, cela peut être perçu positivement car tu peux davantage mettre en avant ton univers…

Leto : T’as capté, et surtout bien perfectionner la musique en studio.

HHR : Juste pour finir la parenthèse sur le PSO Thug, c’est encore d’actualité? Des projets peuvent encore voir le jour ?

Leto : A l’avenir, ouais, c’est toujours possible, et c’est toujours d’actualité !

HHR : Depuis un an, on va dire que tu tâtes le terrain ?

Leto : Ouais, je suis au studio, je fais plein de trucs, je fais quelques featurings, on me voit en vrai.

HHR : Et c’est à partir de quel moment où t’as eu envie de te lancer dans un projet solo ?

Leto : J’ai eu le déclic au moment où la signature chez Rec. 118 est venue. Dès que la maison de disque me l’a proposé, j’ai eu deux semaines, allez trois semaines de réflexion où je leur répondais même pas, je savais pas encore. Au final, j’ai répondu, j’ai dit ouais je le fais.

HHR : A l’époque où t’avais lancé Crime et Jump dans la porsche, on s’attendait pas forcément à un projet, surtout que tu t’es fait discret quelques mois par la suite. Avant de sortir récemment  Trap$tar, et on a pu avoir l’impression que t’as pris ton temps pour faire découvrir LE morceau efficace ?

Leto : On savait qu’à partir du moment où on balancerait Trap$tar, il fallait annoncer la date parce que le morceau allait taper !

©FIFOU

HHR : On parlait de Rec. 118 juste avant, qu’est-ce qu’ils t’ont apporté dans ton développement ?

Leto : Ils m’ont beaucoup apporté sérieux, même dans l’état d’esprit, ils me poussent à faire des choses que je n’aurais pas faites avant. Pas forcément musicalement car c’est surtout Guilty, au studio. Il a eu un rôle de réalisateur sur le projet. La maison de disque est pas au studio, ils écoutent les morceaux et donnent leur avis mais c’est Guilty qui a eu un impact musicalement. Rec. 118 m’a apporté sur les clips, les tenues.

HHR : Sur le professionalisme aussi ?

Leto : Ouais vas-y on garde quand même les petites lacunes (rires).

HHR : C’est normal, c’est l’état d’esprit d’une Trap$star !

Leto : T’as capté, mais une Trap$tar, c’est un style de vie, c’est une façon de poser au studio, de faire le show.

HHR : Mais c’est pas la version d’une rockstar version 2018 ?

Leto : C’est version 2018 et de la rue !

HHR : D’ailleurs Trap$tar, c’est le nom de ton projet, et c’est une symbolique par rapport au morceau qui t’a permis de franchir un cap ?

Leto : A la base, le morceau Trap$tar, on voulait le mettre en intro, après on voulait le clipper, donc on l’a mis en deuxième. Mais le son, à la base, c’était en intro, après c’était relou de le garder à cette place. Ca veut dire qu’on l’a sorti et dès qu’il était dehors, on savait qu’il fonctionnerait.

HHR : Et sur le visuel qui a eu les différentes idées, notamment le plan avec les flammes ?

Leto : On est au bureau, on travaille, on réfléchit à tout. Sur le visuel, on se prend grave la tête.

HHR : C’est intéressant parce qu’on pourrait avoir faussement l’impression que t’es un artiste faisant tout à l’instinct?

Leto : Ouais, c’est pas vraiment le cas, mais je pense que c’est naturel en fait.



HHR : Plus tôt on parlait de Guilty, mais on retrouve de nombreuses productions de Katrina Squad sur le projet, ils ont permis de t’aider musicalement sur quel(s) point(s) en particulier ?

Leto : Sur beaucoup de choses, l’ouverture musicale. Par exemple, au studio, j’ai envie de faire quelque chose de cette façon, Guilty va me dire essaye plus de cette manière. J’avais pas l’habitude avant, j’essaye et je vois que ça marche. On me donne que des bons conseils.

HHR : Sur le projet, il y a beaucoup de bangers maîtrisés et efficaces dans ce registre, cela vient d’eux ou c’est venu naturellement ?

Leto : Quand j’entends la production, j’envoie direct et c’est réglé frère. En fait, dès que t’entends leurs productions, dès que ça tape, t’es obligé de péter un câble.

HHR : Mais ils ont aussi un rôle sur la DA, pour produire des hits tout en conservant ton ADN, on aurait pu penser que Guilty t’avait aiguillé sur certaines façons de faire les choses…

Leto : Pour le coup Katrina Squad, c’était vraiment des réalisateurs, ils ont eu un rôle important à ce niveau sur le projet surtout.

HHR : Avec 17 titres sur le projet, t’as pas peur d’éventuellement lasser le public ?

Leto : Non, j’ai pas sorti beaucoup de sons, j’ai 4 clips sur ma chaîne YouTube, ça veut dire que Trap$tar, c’est tenez vous en voulez, vous l’avez.

©FIFOU

HHR : T’as des objectifs commerciaux par rapport à ce projet ?

Leto : Non, mais j’ai envie que les gens captent ce dont je suis capable. Je veux créer mon exposition et que mon public capte mon délire et se prenne ça.

HHR : T’as mis combien de temps pour faire le projet ?

Leto : Sérieux, on l’a fait en vite fait, quelques aller/retour à Toulouse. Après, c’était par périodes, y a eu des mois où je descendais tout le temps et d’autres où je descendais pas. A ce moment, personne ne me voyait, ils savaient pas où j’étais. Mais au final, je suis revenu avec un autre état d’esprit, où je savais qu’il fallait booster et en quelques mois, c’était réglé.

HHR : Tu vois évidemment ce projet comme une étape décisive dans ta carrière…

Leto : Obligé, c’est le premier projet, c’est toujours comme ça. Mais ça me met pas de pression. Le public va le découvrir, ceux qui vont aimer resteront jusqu’à la fin, et ceux qui aiment pas, au calme.

HHR : T’as l’air confiant sur ce projet, en te disant que ce sera une bonne surprise

Leto : En fait, j’ai pas encore écouté le projet, je l’ai pas sur mon téléphone, il y a que la maison de disque qui l’a. Ca veut dire que je l’écoute uniquement quand j’y vais, ils me font écouter quelques sons comme si c’était quelqu’un d’autre qui l’avait fait.

HHR : T’aimes pas écouter ta propre musique ?

Leto : Si, j’aime bien, tu connais entre amis, on s’ambiance, on kiffe.

HHR : En parlant de pote, Ninho est présent sur ton projet, c’est votre deuxième featuring après Crésus sur MILS, son premier projet officiel. C’était important pour toi de le ramener pour la symbolique ?

Leto : Sur mon premier projet, ouais, c’était normal.

HHR : Du coup, c’est quoi votre relation entre Ninho et toi ?

Leto : C’est mon gars sûr, on se pète normal, sans parler de musique. On est là, on fume, on s’appelle, on se parle. On est pas souvent au même endroit, mais quand on se voit, on est ensemble, au calme, y a rien.

HHR : Ce serait possible, un jour, de voir un projet commun entre Ninho et Leto au vu de l’alchimie qu’il y a entre vous sur Avon Barksdale ?

Leto : Ah ça, il faut voir avec Rec. 118, tu connais (rires)

HHR : Je voulais également parler de tes morceaux, de façon plus globale, parfois il peut y avoir un côté prévisible quand tu rappes. C’est-à-dire qu’on va s’attendre à une rime particulière, c’est un paramètre auquel tu fais attention ?

Leto : Même pas, je fais pas attention à ça, j’y vais, je rappe et puis c’est tout.

HHR : Il fallait évidemment parler de trap avec toi, t’écoutes quoi en ce moment dans ce genre ?

Leto : Migos, Young Thug, Peewee Longway, c’est vraiment Atlanta. Ils sont trop chauds là-bas.



HHR : Il y a Future aussi là-bas, mais leur scène est vraiment diversifiée, et justement ce mélange de style en conservant une touche reconnaissable, on pourrait le retrouver sur ton projet ?

Leto : Ouais carrément, Altanta, c’est trop chaud, vraiment. Ils ont fini avec la musique, ils sont trop loin.

HHR : Sur ton projet, on pourrait limite retrouver certaines attitudes de cainry, sur l’écriture et les gimmicks…

Leto : T’as capté, c’est pas voulu mais quand je fais le son, avec l’équipe, on se dit c’est quoi le titre. Du coup, faut que le titre aille avec l’ambiance du son, donc on choisit le bon titre. Mais j’ai l’impression que c’est naturel qu’on puisse me prendre pour un cainry sur certains trucs.

HHR : Avant t’avais cette image de rappeur de rue alors que maintenant t’évolues vers un style légèrement plus hype, tout en conservant ce côté street…

Leto : On évolue, c’est voulu, c’est pour montrer qu’il y a plusieurs Leto.

HHR : En vrai, tu te considèrerais comme précurseur dans ce courant trap grâce à ce que vous avez amené avec le PSO Thug ?

Leto : Je pense que certains ont écouté et kiffé, mais tant mieux s’ils ont aimé, y a rien, on est ensemble. Après certains m’ont même dit qu’ils m’avaient écouté, c’est la frappe cette mentalité. Avec le XV, on sait très bien, on était sur YouTube, on voyait ce que Chicago faisait, on a pété un plomb. Wesh, au quartier on a vraiment pété un câble sur la drill. On regardait tout ce qui se passait là-bas, qui se faisait tirer dessus, qui était mort, les Fredo Santana, les BDK, on suivait tous les gangs, on regardait leur gestuelle.

HHR : D’ailleurs, tu parlais du XV Barbar, mais j’ai l’impression que vos deux groupes ne faisaient vraiment qu’un à l’époque ?

Leto : Ouais, c’est la même chose, tous les jours, on est ensemble, c’est les mêmes influences, c’est le même tieks. C’est dommage qu’ils soient pas sur le projet mais on garde ça pour le suivant !

HHR : Du coup, le suivant, on veut gratter des informations, c’est comment ?

Leto : On va bientôt repartir dessus, fin avril, je repars à Toulouse, mais je travaille déjà dessus. Et le deuxième, ce sera Katrina Squad encore, je suis bien à travailler avec eux.

HHR : Un dernier mot ?

Leto : Trap$tar, 6 Avril !

©FIFOU

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