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Depuis 2016, l’expression « nouvel âge d’or du rap français » supposée désigner une période de diversité inégalée et d’ouverture s’est propagée parmi les médias français comme une trainée de poudre. Mise en avant par les médias spécialisés ou généralistes, elle n’a pas tardé à être reprise par le grand public et à entrer dans le langage courant comme une idée communément admise. Derrière ce véritable mantra pourtant, on distingue depuis 2017 l’apparition de sonorités et de mélodies récurrentes qui font craindre le retour d’un nouveau style dominant dissimulé derrière une apparente diversité. Si les profils des têtes d’affiches, tant au niveau musical qu’au niveau de leurs univers, sont plus que jamais très hétérogènes, la montée en puissance d’un groupe de superproducteurs à cheval le statut de Metro Boomin aux Etats-Unis et celui de Kore en France est en train de rendre à la scène mainstream son hétérogénéité d’antan. Dans ces conditions, pas étonnant que les projets les plus aboutis qualitativement soient issus de la scène underground, de Paris Derrière et No Name 2.0 de Joe Luccazz à Réelle Vie 2.0 de Maes en passant par Alph Lauren 3 d’Alpha Wann. Quatre à cinq ans à peine après la vague drill et son influence massive et largement critiquée par les auditeurs, l’uniformisation musicale est un risque plus important que jamais car plus insidieux qu’autrefois. Rien n’est joué bien sûr, et à une époque où les tendances sont plus que jamais incertaines et fugaces, il est difficile sinon impossible de porter son regard sur un avenir certain… Mais c’est également ce constat qui rend dangereuse la prophétie autoréalisatrice de ce « nouvel âge d’or du rap français », consacré avant même d’avoir pris fin, ou même avant d’avoir vraiment commencé. Les dernières sorties de certaines têtes d’affiches de l’hexagone prouvent leur incapacité à se renouveler artistiquement, et plus généralement chaque nouvelle vague finit par s’enfermer dans les attentes du public plutôt que de les créer ou de les anticiper. Finalement, est-ce que l’image renvoyée par un artiste ou un groupe d’artiste a fini par primer sur les réalisations concrètes ? Est-ce qu’il suffit de prétendre à l’innovation et au renouvellement pour être considéré comme innovant et novateur ? L’avenir nous le dira.

Les nouveaux princes de l’underground français

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