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Je reviens d’un petit tour à Sevran RGT, on m’avait invité donc je me suis pas fait agresser, ça va… Et oui, qui dit nouvel album de Kaaris dit petite balade dans le 80 Zeutrei. Ce troisième album studio de l’homme qui a bouleversé l’équilibre du rap francophone en 2013 a des allures d’explorations fortes intéressantes. Après sa dernière mixtape Double Fuck sortie en 2015, on a senti un début de mutation chez K double A, AKA Orochimaru. Nouvelle marque de vêtements (Jeune Riche Paris), changement d’attitude (bien plus jovial et convivial), un second rôle dans un film français, la paternité semble lui réussir. Mais cette mutation ne s’arrête pas là. Musicalement, Kaaris a emprunté un nouveau virage artistique : l’album ne sera plus exclusivement produit par Therapy. On attendait ça depuis longtemps, on attendait tous enfin que Kaaris s’ouvre un peu à d’autres beatmakers parce que, malgré les talents incontestables de Therapy, ça commençait à tourner un rond (prod comme tout le reste d’ailleurs). Le virage a donc été amorcé au bon moment. Mais que vaut donc ce nouvel album ? La mutation a-t-elle été réussie ?

Comme à son habitude, le premier extrait envoyé par Kaaris pour l’album est un des meilleurs titres : Blow. Cet extrait donnait directement le ton et la direction de l’album (même si le morceau est produit par Therapy). Ca cognait comme du Kaaris, comme ce qu’on aime chez lui, mais on sentait quand même une amorce de changement, rien que par le fait d’utiliser l’autotune sur la majeure partie du morceau. OUIN OUIN OUIN LE SAMU ! Ensuite est venu le morceau Nador, avec ce genre de refrain qui rentre vraiment dans la tête, mais moins percutant que Blow dans l’ensemble. Et au final, quand on lance l’album, on s’aperçoit que O.G signe peut-être un tournant dans la carrière de Kaaris.

Malgré que l’intro Le Sang soit bien moins percutante que ce à quoi Kaaris nous a habitué (Bizon, Intro, Kadirov, Sinaloa), elle reste du Kaaris tout craché : prod énervée, voix énervée, texte énervé. On continue sur Blow, sale, puis on tombe sur une perle : Benz. Je m’arrête deux secondes pour parler de ce morceau : c’est tout simplement le meilleur morceau de l’album. Le refrain est une guérilla sans nom, je n’imagine même pas le bordel en concert. La prod est juste là pour déboiter les oreilles, et l’entrée de Kaaris sur le premier couplet reflète l’état d’esprit général de l’album : du changement, de la nouveauté, des prises de risque. Contraste très fort (et ultra percutant) entre un refrain grosse voix vraiment énervée, et des couplets entièrement autotunés avec des flows très entraînants, parsemés de petites mélodies presque chantées. On sent clairement que Kaaris a tenté de nouvelles choses, s’est mis en défaut. Ca fait vraiment plaisir, parce que c’est ce qu’on attendait de lui.

Et là, quand on pense que l’album sera du ton de Benz, on enchaine sur Boyz N The Hood pour prendre la vraie gifle de l’album. Là clairement, on comprend que Kaaris a poussé sa prise de risque au maximum. Personne n’aurait attendu ça (à part les attentifs qui avaient senti le virage avec le titre Bambou, extrait de la BO du film Braqueur). Le morceau est presque chanté, très mélodieux, autotuné, pas énervé, donc presque totalement aux antipodes du Kaaris habituel. Au final en écoutant cet album en entier, on constate que Le Sang, Blow, Benz et BNTH représentent à eux quatre l’ensemble de O.G, un album alternant constamment entre rap hardcore sur grosse voix pure, rap hardcore sur voix autotunée, et morceaux mélodieux limites chantés et remplis d’autotune. Kaaris a su sortir de sa zone de confort et tenter de nouvelles choses, et c’est vraiment agréable à écouter.

Côté prises de risques, il faut également parler des prods. Le morceau Tchoin est le meilleur exemple : la prod est géniale, vraiment originale. Mi-afrotrap mi-trap, le sevranais adopte ses flows en fonction du délire de la prod, un des meilleurs titres de l’album. Et tous les morceaux chantés apportent vraiment un plus à la palette de Kaaris, c’est vraiment appréciable de découvrir cette nouvelle facette de l’artiste. On est porté par ces morceaux et ces prods qui ne sont pas énervées, c’est beaucoup plus flottant, on sent vraiment que le shi … la paternité lui a permis de s’ouvrir à d’autres couleurs musicales. Autre grosse force de cet album, les refrains. Comme Benz que j’ai cité juste avant, beaucoup de titres sont complètement portés par leur refrain. 4Matic est un très bon exemple: la mélodie que l’ivoirien propose sur le refrain est juste extra lourde. Jack Uzi, 2.7 Zéro 10.17, Blow, J’suis Perché, Poussière, Nador, autant de titres dont les refrains sont vraiment réussis.

Et, dernière chose vraiment réussie de cet album, c’est le feat avec le padre de cette magnifique trap : Gucci Mane. On était déjà plus que ravi du feat avec Future sur LBDMA, et là on n’est pas déçu. Gucci a respecté celui qui l’a invité, très gros morceau. Un sans faute sur les feats US pour Kaaris. Pourtant, malgré tous ces points positifs qui pourraient donner un album de top niveau, il y a certains points noirs non négligeables. Et le plus fâcheux d’entre eux, c’est l’écriture.

On sent une régression, ou une simplification (très extrême) des écrits sur l’ensemble de l’album (apparemment c’est la mode en ce moment). En fait, on écoute l’album, on prend des gifles par les prises de risques, mais très peu par les textes. On a toujours connu un Kaaris ultra percutant et sanglant dans ses punchlines (depuis Z.E.R.O et même avant), et c’est assurement sa plus grande force. Mais là, on est presque déçu d’avoir si peu de punchlines à ressortir. Un jour un poto m’a dit « un album, c’est tellement plus facile et agréable à écouter en entier quand les textes sont là », et ici on est justement dans le cas où on va ajouter 5-6 sons a sa playlist (ceux qui cognent ou qu’on a kiffé), et zapper le reste parce que de toute façon textuellement ça suit pas. ATTENTION ALERTE ANTI-PURISTE : on ne parle pas de « vrai rap », juste d’artistes qui ont des trucs à dire, et c’était complètement le cas de Kaaris. Tout le monde connaît et reconnaît sa plume, mais pas dans cet album. Franchement, dans Nador quand il dit que « l’alcool c’est pas bon, et le shit c’est pas mieux », on écoute vraiment le mec qui a écrit Or Noir ?

Les autres points noirs sont bien moins conséquents, mais présents quand même. L’inspiration presque pas maquillée de 2 Phones de Kevin Gates avec 2 Bigos, c’est limite. Et même dans les prises de risques que Kaaris empreinte, on sent qu’il manque un truc. Je sais pas si c’est les textes, ou autre chose, mais on ressent un manque. C’est lourd et appréciable, mais on a pas envie de mettre replay en boucle non plus. Beaucoup de points positifs, quelques points noirs dérangeant, au final c’est assurément pas le meilleur album de Kaaris (mais bon peut-il faire mieux qu’Or Noir ?), mais O.G. reste un album très intéressant. On se doit de saluer les prises de risque que Kaaris adopte, et les défauts nous laissent seulement penser que cet album lui sert de transition, de premier retour sur ses essais comme l’autotune abondant, le chant, les prods douces et ses mélodies. En tout ça, l’album aurait été vraiment percutant avec une écriture au niveau.

Mon Top 3 (non classé) :

  • Benz
  • 2.7 Zéro 10.17 feat. Gucci Mane
  • 4Matic feat. Kalash Criminel ou Tchoin

 

 

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