Comment le rap est devenu « la musique préférée des français » ?

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Alors qu’en 2015, selon un article de 20minutes, le rap était apprécié par 18,5% des Français, ces statistiques seraient peut-être à revoir aujourd’hui. Ce fut la nouvelle de l’année 2017 : aux Etats-Unis comme en France, le Hip-Hop s’est hissé à la première place du podium des genres musicaux les plus écoutés. Cela est surprenant quand on sait qu’en France, le rap est loin d’être le genre musical le plus apprécié des médias. En effet, de nombreuses polémiques bénignes ont éclaté — principalement sur Twitter — concernant le fait que seuls des rappeurs médiatisables tels que Big Flo & Oli ou Lomepal soient mis en avant par les principaux médias français. Et ces effervescences ne sont pas insensées lorsque l’on sait que l’année 2017 en Hip-Hop ne tourne pas qu’autour de ces quelques rappeurs mais aussi de rappeurs comme Damso ou Niska, beaucoup moins mis en avant par les médias, dont les albums ont tous deux été certifiés d’un quadruple disque de platine.

Mais revenons-en au fait. Le Hip-Hop est désormais le genre musical le plus écouté en France, et cela est le résultat de plusieurs facteurs. En effet, à eux seuls, les albums Hip-Hop représentent 44,2% des albums certifiés en 2017. Vous pourrez retrouver les sources qui ont permis la réalisation de cet article ici, çà, ici et .

La grande place prise par le marché numérique

Depuis son apparition au cours des années 2000, le marché numérique n’a connu qu’une évolution croissante. A ses débuts, le marché numérique de la musique consistait principalement en l’achat de musique directement sous forme digitale.  A ses débuts, cette nouvelle méthode de consommation musicale connut quelques balbutiements avant de réellement prendre de l’ampleur dans les années 2010, et particulièrement ces trois dernières années.

Puis, peu à peu, une nouvelle forme de consommation numérique est apparue : le streaming. Tout comme pour la croissance du marché numérique, le streaming a connu les débuts difficiles que connaissent toutes les innovations. En 2014, la part du streaming dans le marché numérique égale presque le téléchargement légal. Dès l’année suivante, le streaming supplante le téléchargement. Ces deux dernières années, le streaming audio légal a pris des proportions stupéfiantes dans le marché numérique de la musique ; on constate dans le graphique suivant qu’il est celui qui a le plus contribué à la croissance exponentielle du marché numérique de la musique ces dernières années.

Et qui dit streaming, dit (presque) fatalement Hip-Hop

Ce n’est pas un constat qui touche essentiellement la France. Au niveau international, on remarque que le streaming est fortement plébiscité par les jeunes consommateurs de musique. Des études ont constaté que parmi les jeunes consommateurs de musique, en 2017, 85% des 13-15 ans écoutent de la musique en streaming (audio/vidéo). Des statistiques énormes pour seulement une parcelle de ce que l’on peut appeler ‘jeunes consommateurs de musique’ ; car il n’est bien évidemment pas sensé de baser la totalité d’une analyse sur une fourchette si peu large.

S’il est autre chose que l’on remarque aussi lorsque l’on s’intéresse aux statistiques relatives aux plateformes de streaming, c’est que la musique urbaine est omniprésente. Il n’est pas un top, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, où le Hip-Hop n’est pas prédominant. Prenons l’exemple de ce qu’a dévoilé Spotify sur les statistiques françaises : parmi les 10 titres les plus streamés, 6 sont du genre Hip-Hop. Parmi les 10 albums les plus streamés, 9 sont du genre Hip-Hop — plus précisément 9 sont du rap français. Parmi les 10 artistes les plus écoutés, 9 sont du genre Hip-Hop — encore une fois du rap français.

On comprend alors grâce à ces statistiques que le Hip-Hop va de paire avec le streaming ; par conséquent, si le streaming connaît un essor fulgurant — ce qu’il a connu ces dernières années — alors il en va de même pour le Hip-Hop.

La grimpée du Hip-Hop : un effet générationnel

S’il est bien connu que la culture Hip-Hop a fait face à de nombreux problèmes à ses débuts, elle ne s’est cependant jamais aussi bien porté que ces derniers temps.

Et cela découle de deux facteurs, tous deux générationnels : l’évolution croissante de l’utilisation du streaming — qui est exponentielle chez les jeunes consommateurs, et le fait que le Hip-Hop dans sa nature actuelle soit plus destiné à un jeune public — allant de la puberté à la trentaine-quarantaine. Ainsi, le produit de ces deux facteurs, pour parler mathématiques, donne une croissance exponentielle de l’écoute du Hip-Hop en France. Toutes les statistiques donnent à comprendre que la place obtenue par la musique urbaine découle du fait que le streaming, connaissant une croissance sans pareille, comme le Hip-Hop, sont fortement plébiscités par le jeune public. Les ventes de disques et le téléchargement étant en décroissance, cela laisse quartier libre au streaming pour s’imposer comme principale méthode de consommation de musique — ce qui est sur la bonne voie.

Aussi ces deux facteurs en amènent un autre : grâce au streaming, vidéo comme audio, les nouveaux artistes, en manque de notoriété, sont de plus en plus enclins à se faire connaître. Sachant que le rap, et le Hip-Hop en général, sont des usines à artistes, cela vient ajouter de l’huile sur le feu et ne fait qu’accélérer l’ascension du Hip-Hop au rang de genre musical numéro 1.

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