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Avis aux adeptes du livre L’effroyable imposture du rap de Mathias Cardet : vous risquez d’être en désaccord avec cet article. Depuis sa venue au monde à la fin des années 1970, le rap a connu maintes et maintes métamorphoses qui font de lui ce qu’il est aujourd’hui. A travers un processus de renouvellement permanent, le rap a réussi à se hisser aujourd’hui sur le devant de la scène. Malgré des balbutiements difficiles, le mouvement a su s’imposer et devenir l’une des premières voix de la classe populaire. Né dans les ghettos américains, d’un tumulte culturel le mêlant à d’autres disciplines telles que le graffiti, le beatboxing, ou encore le breakdance, le rap est aujourd’hui devenu un langage international. Au cours de son évolution, celui-ci a subi de nombreuses modifications sans que ces dernières n’aient pour autant été à l’origine d’une véritable brisure. C’est ce qui fait que l’on continue encore à appeler cela du « rap ». Et pourtant, la traversée des époques a été suivie de multiples bouleversements radicaux dans le paysage rap, que ce soit au niveau des instrumentales, du flow, ou encore des effets additionnés à la voix.

Il reste par conséquent un « quelque chose » qui continue à conditionner cela comme du rap ; quelque chose qui, intimement présent, permet au rap de demeurer, enfin, quelque chose sans laquelle le rap n’est plus. En philosophie, ce « quelque chose » est nommé « essence ». L’étude du concept d’essence a été au cœur de nombreuses argumentations depuis des siècles. Elle fut d’abord établie, non-maladroitement, mais timidement, comme une décision de l’esprit de fixer la coexistence de certaines caractéristiques en une seule et même chose. Selon la pensée philosophique générale, l’essence permet à une chose d’exister ; elle est ce qui fait que cette chose est comme elle est. A cette pensée s’opposent seuls les philosophes existentialistes qui déclarent que « l’existence précède l’essence », par souci d’impasse à la liberté. Plus tard, le philosophe français Etienne Gilson écrira dans son œuvre L’Être et l’essence que « l’essence coïncide avec ce qu’il y a de plus intime et de presque secret dans la nature de la chose ». Cette définition est particulièrement intéressante ici puisqu’il faudra, en effet, chercher ce qui, presque caché, caractérise le rap. A la recherche de ce phénomène, de cette singularité qui constitue le rap malgré les mutations. L’essence du rap : entre constat et théorie.

De la naissance dans les quartiers

Le mouvement Hip-Hop, avant de s’exporter par-delà les océans, voit le jour dans le continent Nord-Américain. A la fin des années 1970, alors que le disco et le funk sont les styles à la mode, les Etats-Unis voient naître une ambition musicale dans les quartiers populaires. Mais pour réellement comprendre ce qui a abouti à la naissance du Hip-Hop, il faut considérer le contexte sociodémographique de l’époque. Le début du XXème siècle, malgré l’abolition de l’esclavage quelques décennies auparavant sous la présidence d’Abraham Lincoln, reste marqué par des inégalités raciales fortes. Durant la première moitié du siècle, la communauté afro-américaine subit ce que l’on appellera à posteriori la ségrégation raciale : une constante différenciation entre Noirs et Blancs. Les personnes noires et dites « racisées » n’ont ni accès aux mêmes infrastructures que les personnes blanches, ni aux mêmes droits. Il existe des lois ségrégationnistes qui disposent clairement d’une différence à marquer entre Noirs et Blancs. Dans les métropoles du pays, les quartiers d’habitations sont divisés entre quartiers blancs et quartiers noirs ; malheureusement, la discrimination se fait si dure très peu d’Afro-Américains s’élèvent alors au-delà des limites de ces mêmes quartiers. A partir des années 1950, la situation commence à changer. De nombreux mouvements anti-ségrégation naissent. Sous la voile d’emblématiques personnalités telles que Rosa Parks, Martin Luther King ou Maclolm X, les mouvements des droits civiques remettent en cause la place de la communauté Afro-Américaine au sein de la société. De plus en plus d’artistes musiciens issus de la communauté afro-américaine ont émergé, comme Aretha Franklin, Ray Charles, Chuck Berry, l’un des précurseurs du rock, James Brown, ou encore, légèrement plus tard, Michael Jackson, qui n’est alors qu’au début de sa carrière. Malgré cela, les plaies n’ont pas cicatrisé et on peut prendre l’exemple du concert que Ray Charles devait mener en Géorgie au début des années 1950, annulé lorsque le chanteur apprit que la salle était interdite aux Noirs.

La pochette de l’album Ouest Side de Booba est par exemple inspirée d’une célèbre photographie de Malcolm X

Toujours est-il qu’à la fin des années 1970, les communautés afro-américaines continuent à subir des stigmates de ce passé ouvertement ségrégationniste. Les villes portent encore la balafre de ce honteux passif : quartiers résidentiels divisés entre personnes blanches et personnes noires. Conséquence d’un autrefois empreint de racisme et d’injustice, les « ghettos » concentrent une population immigrée et afro-américaine. A l’écart du reste de la société, délaissés par les municipalités, livrés à eux-mêmes, les résidents de ces quartiers sont pourtant à l’origine d’un mouvement que l’on attendait pas à prendre une telle ampleur. Entre les immeubles de Manhattan et ceux qui bordent les rues du Bronx, un horizon étriqué ne laisse que peu d’espérance aux habitants des ghettos. Ils se développent comme des microcosmes, de véritables microsociétés avec leurs propres règles, normes, commerces et trafics ; il règne une relation insidieuse avec la classe politique et les forces de l’ordre. Dans le paysage musical de l’époque, l’heure est au funk et au disco. Donna Summer, the Queen of disco, est alors la principale star afro-américaine. Du côté des ghettos, les escapades en ville sont rares, mais ceux qui s’intéresseront aux soirées new-yorkaises deviendront les précurseurs d’un mouvement qui dépassera de simples noms et traversera les époques. C’est sur la East Coast que l’histoire du rap débute.

Les premiers intervenants du Hip-Hop ne sont cependant pas les rappeurs. Ceux-ci n’arrivent que quelques temps après, comme un avènement inévitable. La culture Hip-Hop, à ses débuts exclusive aux ghettos, permet à ses habitants de se découvrir sous une nouvelle lumière : l’espoir. Armés de bombe de peintures, de platines et de micros, une révolution est en marche. Les DJs répondent présent à l’origine du rap. Devenus animateurs de soirées, les Disc Jockeys aux platines sont de plus en plus demandés, suivis par leurs break-dancers. Sur une base de mélodies et rythmes de batteries, ils sont alors très vite rejoints par les Master of Ceremony, MCs, les ancêtres des rappeurs d’aujourd’hui. A l’origine, les MCs n’étaient destinés qu’à animer les block parties. Le mouvement devient de plus en plus populaire : les MCs ne se contentent plus de simplement accompagner et soutenir les DJs dans leurs scratches. Ils deviennent des artistes à part entière ; des artistes que l’on sent traversés par l’environnement dans lequel ils vivent. Comme une symbiose, l’un dépend de l’autre et vice-versa. Se dresse alors un genre musical creusé par les stigmates que portent les habitants des ghettos. Le récit d’une vie abrupte, où certaines lois sont faites pour être brisées, la perpétuation d’une culture ancrée aux fonds des cœurs. Les rappeurs décrivent leurs vies, leurs habitudes, évacuent leurs pensées, s’essayent à briser les murs qui les retiennent dans les geôles des quartiers. Très rapidement, plusieurs caractéristiques imprègnent les fondations de ce qui deviendra le rap : le malheur, puis, en contrepartie, l’espoir et la volonté. Face à cet environnement pâle où, malgré une ambiance chaleureuse, un malheur insidieux se cache, la réponse se fait claire et nette : on a enfin trouvé une porte de sortie. En plus d’offrir une opportunité, à l’époque certes très faible, de s’en sortir, cela permet surtout et avant tout aux habitants des ghettos de s’épanouir au plus profond d’eux-mêmes, de s’exprimer tels qu’ils sont, à une époque où ils n’étaient que peu considérés. Peu à peu, les médias s’intéressent alors à ce mouvement qui commence à s’élever au-delà des bâtiments des quartiers populaires. En quelques temps, le phénomène devient international. En 1979, un morceau de Hip-Hop intègre le Billboard américain : Rapper’s Delight de Sugar Hill Gang. Le morceau est un concentré de la culture Hip-Hop, Il s’agit aussi du premier morceau de la sorte à atteindre une notoriété internationale.

A la conquête du monde

Aujourd’hui, la France possède la deuxième scène Hip-Hop la plus importante après les Etats-Unis. Cela a mis quelques années, mais le mouvement a, à force de mots, réussi à s’imposer outre-Atlantique, dans le Vieux Continent. Dans l’hexagone, le mouvement a connu une implantation particulière. Si, aux Etats-Unis, il a d’abord éclaté au cœur des quartiers populaires avant de susciter l’intérêt des médias, en France, il a suivi le chemin inverse. Il devient un thème presque exotique sur les ondes des radios, et particulièrement de Radio 7, où, dès 1981, certaines émissions sont dédiées au Hip-Hop. Aucun artiste pouvant revendiquer un Hip-Hop français ne s’était alors manifesté. Puis, durant la première partie de la décennie 80, quelques ébauches de rappeurs, mais surtout de DJ, commencent à se faire un nom pour les intéressés de la scène. En 1984, l’émission Hip-Hop est animée par Sidney sur TF1. Et là, le mouvement prend une bien plus grande ampleur. Durant l’année 1985, le DJ Dee Nasty, fort de ses voyages au Nouveau Monde, organise le plus grand événement Hip-Hop en France, sur les terrains vagues de Porte de la Chapelle. Peu à peu, les « ghettos français » s’approprient à leur tour les idées portées par le Hip-Hop. Les premiers groupes se forment, les premiers artistes de rap français sont nés. Ce sont Assassin, Ministère A.M.E.R., puis MC Solaar, IAM et NTM qui sont, pour ainsi dire, les pionniers du rap français. Comme aux Etats-Unis, c’est dans les quartiers populaires de Paris et de sa banlieue, puis de Marseille et des autres grandes villes de France, que le mouvement s’enracine. Ils prônent eux aussi les valeurs et les vertus qui prédisposent dans leurs quotidiens. La vie de rue, la vie de jeune, la vie de quartier : la vie que trop mènent, mais que trop peu réalisent. Un quotidien rythmé par le malheur, des relations tendues avec le régime politique, un besoin de révolte, une recherche d’espoir, on retrouve encore une fois ici les mêmes préceptes qui guident le Hip-Hop. Cela se retrouve jusqu’aux noms d’artistes : si, aux Etats-Unis, il y a Public Enemy ou N.W.A, en France, on a Assassin, Ministère A.M.E.R. ou NTM. Au fil des années, de nouveaux rappeurs font surface quand d’anciens disparaissent, de nouveaux styles s’imposent quand les autres se font plus discrets.

La banlieue a une voix, je ne suis qu’un de ses hauts-parleurs

Cette phrase est issue de ce que l’on appelle « rap conscient ». Principalament populaire durant les années 2000, Kery James en fut par ailleurs pendant des années le principal ambassadeur. Comme le rock a pu le faire avant lui, le rap s’est par la suite presque morcelé en un catalogue de styles : rap hardcore, gangsta rap, g-funk, rap conscient, etc. Si le rap conscient porte par définition le flambeau de cet esprit libertaire, revanchard et plein d’espoir, les autres n’en demeurent pas moins habités par ces mêmes braises. Mais pour le coup, le rap conscient est véritablement un exemple parfait. Rappeurs las de leurs conditions et de la condition même de ce monde, épris de la révolution, en constant combat contre eux-mêmes et les vices de cette société. Aujourd’hui, en France, les principaux représentants du rap conscient sont Kery James, Youssoupha ou encore Médine. Ces trois artistes, respectivement d’Orly, de Cergy et du Havre, sont d’ailleurs d’assez bons amis, se retrouvant assez souvent ensemble.

Mais au-delà du seul rap conscient, les autres portent eux aussi ces gènes dans leur ADN. Dès l’arrivée en France, on retrouve les stigmates attachées au rap dans leur forme la plus primitive. Un recueil brut de la vie de rue, qui traversa les frontières des arts et donna naissance à de nombreuses œuvres cinématographiques. Si les américains avaient Boyz in the hood, Menace II Society ou encore New Jack City, en France,  c’était La Haine, Ma 6-T va crack-er ou encore Raï. Et le notifier n’est pas anodin : l’inspiration cinématographique est omniprésente au sein même du rap, on en retrouve aujourd’hui encore beaucoup, dont certaines n’ont pas bougé avec le temps, comme les références à Scarface. Avec la croissance du nombre de films traitant d’un sujet qu’il connaissait, traitant de la vie qu’ils connaissent quotidiennement, ils trouvent de nouvelles références. De même, avec l’épanouissement des styles au sein même du paysage Hip-Hop, de plus en plus de thématiques se retrouvent abordées, comme par exemple la dépression avec The Weeknd – bien que celui-ci ne soit pas un rappeur à proprement parler, XXXTentation ou encore Jok’Air en France ; et si aborder la dépression est loin d’être quelque chose de facile, alors dévoiler la sienne l’est encore moins. Ce besoin de partager leur mal-être prouve que ces artistes ont trouvé, au travers du public, une marche sur laquelle mettre le pied.

Devenu un langage universel brisant les frontières, le Hip-Hop est devenu une bannière sous laquelle se retrouvent ceux qui partagent, essentiellement, les mêmes idéaux. Alors, bien évidemment, nombreuses sont les divergences entre les rappeurs et leurs façons de mettre en avant leurs principes et valeurs. Certains ont des idées et des pensées avec lesquelles d’autres peuvent être en opposition, mais il reste évident qu’ils partagent malgré cela une seule et même passion, un seul et même amour envers le Hip-Hop, et ce qu’il représente. Chacun le fait à sa manière, qu’il transmette ses dernières miettes d’espoir comme Despo Rutti ou XXXTentation, ou qu’il arbore une façade riche comme une réponse à un malheur passé, voire même encore présent sinueusement. C’est là le sujet de notre troisième et ultime axe.

Et même là où on ne s’attendrait pas à le trouver

C’est là quelque chose que l’on reproche beaucoup au rap depuis le début de son existence : entre vulgarité, apologie du crime, glorification de la richesse, de la drogue ou encore du sexe, il est un superamas de toutes sortes de choses éthiquement considérées comme négatives. Cependant, il faut les regarder avec un œil averti pour comprendre que, dans le Hip-Hop, tout cela porte une signification et un but bien précis. C’est à la fin des années 1980 aux Etats-Unis, sur la West Coast, et plus précisément près de la ville de Los Angeles, que naît le « gangsta rap ». La ville de Compton, au sud de LA, est une des villes des Etats-Unis au taux de criminalité le plus élevé et abrite le groupe N.W.A. C’est une véritable zone de non-droit, où les affrontements de gangs et trafics de drogues sont monnaie courante. Abolition des tabous, constante ébullition, égotrip fulgurant ; voici un concentré approximatif de ce qu’est le gangsta rap. Pour mieux illustrer cet aspect, il sera plus simple d’étudier en profondeur la partie française de l’Histoire. Lorsque le rap arrive en France, il est déjà à la frontière entre rap conscient et rap hardcore comme à l’image du morceau Traîtres de Ministère A.M.E.R., ou encore des morceaux de NTM. Mais c’est légèrement plus tard que le rap gangsta se forme concrètement avec notamment un groupe en particulier : Lunatic. Le groupe issu des Hauts-de-Seine, composé d’Ali et Booba, est semblable à une véritable bombe dans le paysage de l’époque. Des paroles plus que crues, une véhémence inédite, ils importent un style nouveau. Pour abréger les détails, c’est avec leur morceau classique Le crime paie qu’ils révolutionnent à proprement parler le rap français. Une toute nouvelle recette, des paroles qu’on aurait jusque là pensées immorales, une vulgarité sans voile ; Lunatic et plus particulièrement Booba, ont réellement été instigateur du rap gangsta en France. Avec leur album Mauvais Œil, ils livrent en l’an 2000 les fondations d’un renouveau du rap français, que Booba se chargera de parachever en solo par la suite.

Et justement, Booba. Le rappeur est encore aujourd’hui au cœur de nombreuses controverses suite à ses propos jugés parfois extrêmes – ce qui est légitime – ou encore misogyne pour ceux qui n’y prêtent qu’une oreille. L’écriture de Booba est une des plus complexe du rap français, il faut savoir cerner les suggestions implicites derrière ce que le rappeur arbore comme une façade. En effet, le rappeur du Pont de Sèvres est un cliché ambulant du rappeur contemporain : un tas de chaînes et de tatouages qui ne parle que de sexe, d’argent, et n’a de cesse de se vanter. C’est un état d’esprit bien précis que reflète en réalité cet aspect extérieur. En intérieur, le rappeur est en réalité torturé par un passé de malheurs auquel il répond en exposant son présent, bien différent. Issu d’un quartier populaire, il était comme ces jeunes qui dépeignaient la vie dans leur cité, baignant dans une mise à l’écart sociétale, représentant alors un concentré d’infortune, promis par cette même société à une fatalité à laquelle il ne veut pas faire face. Pour s’en sortir, il a recours à ce qui s’offre à lui. Et comme le crime paie, alors il devient un délinquant. Puis, il se lance dans la musique ; et voici le récit d’un jeune à problèmes qui dut se résoudre, par choix et par facilité, à commettre des crimes pour s’en sortir et puis qui, se découvrant un talent, se lance dans la musique et arrive à sortir d’un engrenage infernal. Alors, comme une réponse à cette vie passée, il se noie dans un présent de joies et plaisirs. Aussi, on retrouve souvent dans les textes de Booba des références au passé des colonies et de l’esclavage, auquel il attribue un intérêt particulier. La condition des Noirs est un combat pour Booba et on le retrouve dans ses morceaux.

Pour une autre lecture de l’histoire de Booba

Aujourd’hui, cet aspect est présent chez de nombreux artistes, certains plus que d’autres, comme SCH chez qui on peut véritablement percevoir la vie passée, puis la vie présente comme un doigt d’honneur levé à son intention. Chez Booba, c’est une subtilité qu’il faut savoir décerner. Pendant la vague trap qui a submergé le rap français durant les années 2010, la violence a fortement augmenté dans les textes de rap français, et les textes sont devenus de plus en plus sombres et de plus en plus durs à cerner. A l’image d’un Kaaris et sa violence extrême, ou d’un Koba laD et ses récits de trafic sans fin, cette subtilité s’est développée encore plus pour devenir presque opaque. Mais derrière cela se cache encore un esprit d’espérance ; dans une vie de violence, où l’on a parfois recours à des activités illégales, on reste malgré tout dans une recherche perpétuelle du bonheur, car on n’est que des Hommes. Aux Etats-Unis, cela peut s’observer par exemple chez 50 Cent ou encore The Game.

On peut aussi retrouver cet art chez Sadek, et c’est ce qu’il explique notamment bien dans sa récente et controversée interview pour Booska-P. Dans cette interview, il incite publiquement à la délinquance : « t’as deux bras, deux jambes, va braquer, nique ta mère ». Mais cette phrase a encore une fois dans la bouche du rappeur un sens plus élargi que celui qu’on peut lui trouver de prime abord. Plus implicitement, cette phrase signifie qu’il faut prendre conscience de ses facultés et tout essayer afin de parvenir à ses objectifs. En gros, porte tes couilles et fais ce que t’as à faire. A l’image d’un Gainsbourg qui brûle un billet de 500 francs, Sadek provoque pour susciter l’intérêt.

Aussi, de plus en plus populaires ces derniers temps, les morceaux rap visant purement et simplement à mettre l’ambiance se sont multipliés ces dernières années. Cela ressemble à un retour aux sources, à l’époque où les rappeurs n’étaient là que pour animer les soirées new-yorkaises, avec la musique comme seule échappatoire. Comme lors de la sortie de Je danse le Mia d’IAM ou de Ma Benz de NTM, cet esprit festif et enjoué décalque la possibilité de trouver la joie là où il n’y en a presque pas.

Pour conclure, nous avions supposé au début de cet argumentaire que le rap portait en lui une essence qui faisait qu’il repose aujourd’hui comme il y a 20 ans sur les mêmes idéaux. Imbibé de crasse et de malheurs depuis sa naissance dans les quartiers populaires, puis exporté par-delà les frontières, devenu une bannière sous laquelle se rassemblent des millions d’individus, l’esprit Hip-Hop a laissé derrière lui une même traînée depuis sa naissance. Reposant, même lorsque l’on ne le voit pas subitement, sur un fond de malheur mais d’espoir, on peut alors théoriser que l’essence du rap est composée par le malheur et l’espoir qui, dosés par les artistes, aboutissent à ce que l’on appelle rap. Plus qu’une théorie, on peut constater sans trop en dire que ces deux composantes sont bel et bien incrustées presque partout dans le rap. Alors s’il faudrait en réalité un ouvrage entier pour exploiter cette idée à son maximum, il est possible de dire qu’à mi-chemin entre constat et théorie, l’essence du rap est entre malheur et espoir, du Pont de Brooklyn au Pont de Sèvres, sous les soleils de plomb ou les lampadaires en une nuit d’hiver.

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